L’avenir du transport routier passera-t-il par le platooning ?

0
103
File de camions

Si le mot peloton appartient généralement au champ lexical du cyclisme, il pourrait bien se généraliser dans celui du transport routier. Ou du moins sa traduction anglaise : le platooning. 

Qu’est-ce que le platooning ?

Le platooning consiste à faire circuler un convoi de poids-lourds à courte distance les uns des autres, généralement 20 m. Rappelons que la réglementation actuelle stipule que deux camions doivent être séparés par une distance minimale de 50 m.

Le véhicule de tête guide les suivants grâce à un système d’aide à la conduite et à la communication. Tous les camions circulent donc à la même vitesse, à la même distance les uns des autres. Si le premier chauffeur conduit effectivement son camion, les autres ont davantage un rôle de surveillance, à la manière des pilotes d’avion passés en pilotage automatique. Ils reprennent cependant la main sur leur véhicule lorsqu’ils quittent le convoi, par exemple en sortie d’autoroute. 

Les avantages du platooning

Les partisans du platooning avancent de nombreux avantages quant à ce système de conduite semi-autonome : 

  • La réduction de la consommation de carburant : en stabilisant leur vitesse, les poids lourds peuvent réduire leur consommation de carburant de 2 à 3 % (accélérations et ralentissements provoquent des pics de consommation). Une baisse qui pourrait atteindre 5 à 10 % selon certains spécialistes si les camions étaient plus autonomes. Ils pourraient donc circuler avec un espacement entre eux encore plus réduit, de l’ordre de 5 m. Le véhicule suiveur économiserait encore plus de carburant grâce à l’effet aérodynamique.
  • Un temps de roulage augmenté : aujourd’hui, un chauffeur roule en moyenne 730 km par tranche de 24 heures. Ce chiffre pourrait être porté à 950 km car les chauffeurs seraient beaucoup moins fatigués.
  • La réduction des embouteillages : puisque la distance entre les différents camions est réduite, davantage de véhicules peuvent s’insérer sur une route, sans pour autant créer de bouchons. De plus, lorsqu’ils circulent en platooning, les poids-lourds réagissent à l’unisson. Lorsque le premier camion freine, le 10e freine en même temps. Dans les modes de circulation traditionnels, il faut compter le temps de réaction de chaque conducteur.
  • La réduction des accidents et de la mortalité : bien que la distance de sécurité entre deux poids-lourds soit considérablement réduite, rouler en platooning pourrait diminuer le nombre d’accidents et, donc, la mortalité sur les routes. En effet, ce système réside sur la communication et l’anticipation. Ainsi, un véhicule situé en queue de peloton pourra recevoir une information sur l’état de la circulation des centaines de mètres en amont et, donc, réagir bien avant la zone problématique.

Les freins au platooning

Cependant, les constructeurs ne se sont pas encore lancés à corps perdu dans le développement du platooning. C’est le cas par exemple de Daimler, qui a annoncé, au dernier CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas, abandonner ses investissements sur le platooning pour se consacrer à la recherche sur les camions 100 % autonomes. 

Pourquoi ? Car les économies de carburant annoncées ne se seraient pas révélées aussi probantes qu’annoncé, en particulier celles liées à l’aérodynamique qui seraient neutralisées par la reconstitution du convoi lors de l’entrée ou de la sortie d’un camion. 

Dans tous les cas, si le platooning voyait effectivement le jour, ce ne serait pas avant 5 à 8 ans, estiment les experts. D’ici là, il faudrait faire évoluer la réglementation pour changer la distance de sécurité entre les véhicules. Une réglementation pour laquelle œuvre le projet européen ENSEMBLE (ENabling SafE Multi-Brand pLatooning for Europe). Doté de 20 millions d’euros, ce projet se penche également sur une interopérabilité du système pour permettre des convois multimarques.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here